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Depuis la mise en veilleuse de l'obligation légale de FMC,
imposée par l'Ordonnance d'avril 1996, les prestataires de
formation et les médecins, , beaucoup plus assidus que ne
veut bien le dire les médias et la tutelle, attendaient avec
une certaine impatience la publication des textes définissant
les nouvelles règles de fonctionnement . Ce chantier avait
été ouvert par le ministère Kouchner 1. Cette
" impatience " concernait bien évidemment la réglementation
logistique qui devait fournir des moyens institutionnels indispensables
et non, bien sur, son caractère obligatoire.
Un projet de décret sur la FMC, prévu en application
de la loi du 4 mars dernier sur " les droits des malades
et la qualité du système de santé "
vient d'être soumis pour avis aux représentants de
la profession organisée (Ordre, syndicats, associations,
etc.). Ce texte avait rétabli l'obligation légale
de formation continue à hauteur de 150 heures dispensées
par un organisme agréé par un conseil national. Une
alternative légale existe avec la soutenance d'un dossier
oral ou une procédure d'évaluation des connaissances
organisée par des organismes agréés cette fois
par l'ANAES. L'obligation ne concerne plus seulement les libéraux
mais tous les praticiens, quel que soit leur type d'exercice. Pour
ce faire, la loi a créé trois Conseils Nationaux de
médecins libéraux, de salariés non-hospitaliers
et de médecins hospitaliers, coiffés au plan national
par un " Comité de coordination " et relayés
sur le terrain par des Conseils régionaux.
Une véritable " Agence " para-étatique
En bref :
création
d'une véritable agence de la FMC, avec des libéraux
réduits à la portion congrue,
omniprésence
de l'Etat qui nomme et désigne ses membres ; encadrement administratif
généralisé
risque
d'exclusion d'agrément de grandes manifestations pourtant scientifiquement
" incontournables ".
Le projet de décret traite d'abord des attributions des
trois Conseils nationaux.
Leurs décisions respectives seront sous l'influence à
la fois des conclusions de la Conférence Nationale de Santé
et du Comité de Coordination, sorte de " Super-Conseil
", normalement composé de quatre représentants
de chacun des trois conseils nationaux, mais aussi de trois hauts-fonctionnaires
: le directeur général de la santé, le directeur
de l'hospitalisation et de l'organisation des soins et le directeur
de la sécurité sociale (sic).
Cette organisation pyramidale semble conçue pour limiter
de manière drastique la place des libéraux qui ne
pourront prétendre au maximum à 2 représentants
sur les 15 membres du comité de coordination !!! On est décidément
bien loin de l'autogestion promise, sentiment appelé à
se confirmer lorsque l'on examinera la question du financement.
Le projet de décret confirme bien l'impression de mise en
place d'une véritable " Agence " de la Formation
Médicale Continue, d'autant plus que :
- l'agrément des organismes de FMC devra prendre en compte
leur engagement relatif à l'absence, ... au sens très
large du terme, de toute publicité pour un produit de santé
; cette disposition fait écho aux conditions drastiques
contenues dans un projet de " Charte de la FMC " produite
l'an passé par l'Agence du Médicament, qui considérait
ainsi que citer simplement un produit remboursé (ou unique
dans sa classe) faisait considérer comme promotionnelle
une séance de FMC
- l'agrément des organismes " aptes à effectuer
les procédures d'évaluation des connaissances "
(des réfractaires aux 150 heures) se fera après
un avis de l'ANAES dont on ne sait s'il sera consultatif ou délibératif.
Quel organisme de FMC n'aurait pas l'ambition de prétendre
évaluer les résultats de ses actions ?
Sous réserve de son adoption dans les termes du projet,
le cahier des charges reprend en gros celui spontanément
adopté par le précédent Conseil national à
la différence près qu'il ne s'agit pas d'agréer
des actions " au coup par coup " mais des organismes pour
5 ans ; c'était d'ailleurs une des grandes revendications
des associations dans le système précédent.
En revanche, la question de la transparence des financements et
des modalités de participation de l'industrie au financement
de la FMC pose le problème de l'agrément -au titre
des 150 heures validantes- des congrès nationaux ou internationaux
qui représentent, pour les spécialistes, l'une des
bases fondamentales de la FMC et peu discutées ... sauf en
France.
Les spécialistes ont besoin de ces ouvertures fantastiques
que représentent ces manifestations de niveau international
et ne sauraient se contenter d'une transmission étriquée
de l'information au travers d'un crible administratif.
Il serait invraisemblable que les manifestations des sociétés
savantes nationales auxquelles participent nombre de libéraux
ne soient pas " accréditives ".
A l'expérience, il paraît difficilement envisageable
que la procédure d'agrément soit la même pour
les organismes nationaux, assez peu nombreux, et les organismes
régionaux très nombreux. Il apparaît donc regrettable
que n'ait pas été prévu un échelon régional
d'agrément, comme pour la FPC, à tout le moins doté
d'une capacité de proposition : dans ces conditions, la charge
de travail prévisible des 20 membres du CNFMC sera considérable,
sauf à abandonner leur responsabilité opérationnelle
à des bataillons d'agents administratifs !
Enfin le " bilan pédagogique et financier " exigé
des associations paraît très proche de celui requis
annuellement par le ministère du travail pour les organismes
de salariés.
CN et CRFMC : des présidents " sous influence
"
En bref :
Diminution
de la représentativité des libéraux, qui ne
représentent plus que 50 % des membres, ce qui éloigne
de la notion d'autogestion et risque de donner un poids démesuré
aux " minorités "
Le projet de décret statue à la fois sur l'échelon
national et régional
Au niveau national, le Conseil comportera donc 20 membres (au lieu
des 40 précédemment), mais avec autant de suppléants
(sauf pour le président). Plusieurs remarques s'imposent,
à la lecture du texte et à la lumière de l'expérience
antérieure :
- il n'y a plus la dichotomie " officielle " entre
généralistes et spécialistes,
- en revanche la présence des syndicats " représentatifs
au plan national des catégories de médecins concernés
", mais pourvue par 5 postes seulement
- on retrouvera une difficulté supplémentaire au
niveau des 5 représentants des organismes de formation,
puisqu'il faudra compter avec des associations non syndicales
comme l'UNAFORMEC, entre autres ...,
- le conseil de l'Ordre, qui réclamait un renforcement
de son rôle dans la formation et l'évaluation, se
trouve au contraire relégué à 2 sièges
seulement! ...
- ... au profit de 3 " Personnalités Qualifiées
", dont la place et le rôle dans un organisme d'autogestion
de la formation, pourra apparaître singulière,
- .. En revanche l'Université conserve la même part
avec 5 représentants, ... " dont au moins un enseignant
de médecine générale "
Au total, avec cette répartition qui diminue des 3/5 la
part de l'Ordre -qui représentait un " gisement "
de postes supplémentaires pour les libéraux- le poids
de des libéraux diminue puisqu'ils n'y détiendront
sans doute plus la majorité absolue, à moins que le
CNO ne désigne 1 ou 2 libéraux .
Au niveau régional, la réduction du nombre des représentants
est moindre (32 membres initialement), mais la diminution de la
représentativité des libéraux s'accentue de
fait, car la majorité des représentants ordinaux étaient
généralement issus des rangs libéraux .
Enfin -et sans doute afin d'éviter toute " bavure "-
les présidents des CNFMC seront nommés par le ministre,
les présidents des CRFMC par les préfets de région
quand tous étaient antérieurement élus de manière
collégiale.
Barème : 150 heures sur 5 ans
ou une évaluation des connaissances
Ce sont les CRFMC qui auront la charge d'examiner pour chaque médecin
les éléments attestant de la formation ou des résultats
du processus d'évaluation suivi auprès des organismes
agréés.
Deux voies de validation quinquennale sont prévues :
- 150 heures sur 5 ans soit 30 heures par an (au lieu de 40 antérieurement)
de FMC reçue d'un organisme agréé
- ou présentation d'un dossier oral établi sur la
base d'un référentiel établi par les Conseils
Nationaux lequel pourra inclure, outre la FMC, d'autres supports
pédagogiques : congrès, séminaires, supports
individuels (place de la lecture et de la presse ?), bilan de
compétence, activité de recherche d'évaluation
d'encadrement
.
Deux remarques méritent, à ce stade, d'être
formulées :
1) On imagine mal comment les 20 ... malheureux membres des CRFMC
pourront " auditionner " -quantitativement et qualitativement
mais sans rémunération ad-hoc - un nombre sans
doute très important d'impétrants, Une fois encore
la distorsion est visible entre les moyens et les objectifs
2) La possibilité de substituer une évaluation des
connaissances à la comptabilisation " pure et dure "
de la fréquentation horaire de séances validantes
apparaît pertinente. Mais cette procédure n'est pas
précisément décrite dans le projet de décret.
Une attestation sera fournie au terme de la procédure. Tout
refus devra être motivé. En cas de différend,
une procédure de conciliation très précise
est prévue, ce qui laisse penser que le législateur
a sérieusement réfléchi à l'aspect sanctionnant
de ces procédures En cas d'échec, est prévue
une saisine de la chambre disciplinaire régionale de l'Ordre
des médecins. Mais une fois encore les menaces de sanctions
sont agitées, ... sans l'ombre d'un commencement d'avantage.
Financement : l'industrie sous curatelle
Cerise sur le gâteau, aucune rémunération des
membres des Conseils n'est prévue dans le projet de Décret,
sauf une indemnité de déplacement et une " indemnité
forfaitaire de compensation " pour les médecins libéraux
égale à 6 consultations de généralistes
par demi-journée !!!
Soit un montant équivalent à la moitié de l'indemnité
des médecins habilités pour l'évaluation et
bien moindre que celle des formateurs de la FPC (Formation Professionnelle
Conventionnelle), réservée à ceux qui ont charge
de faire fonctionner la Convention.
S'il fallait un indicateur du mépris du législateur
pour le travail d'un médecin libéral, cette indemnité
de misère pourrait y prétendre ! Le pouvoir aurait-il
si peur d'une professionnalisation de nos cadres ?
Le décret est beaucoup plus prolixe sur l'organisation du
Fonds national de la FMC ... sauf sur la provenance et le montant
du budget affecté ; il semblerait que l'industrie soit condamnée
à y contribuer largement et sans doute à son corps
défendant. Ce fonds sera donc administré par un Directeur
nommé par le ministre, 6 représentants de l'Etat et
6 représentants des 3 Conseils Nationaux, soit, potentiellement,
un seul médecin libéral
Seul point positif : le FAF -alimenté par la seule cotisation
obligatoire des médecins- restera en l'état et son
financement ne sera -apparemment- pas récupéré
par le nouveau fonds, abandonné définitivement (?)
à l'autogestion de la profession.
A la lecture de ce qui n'est certes encore qu'un projet de décret,
la " large autonomie proposée à la profession
", abondamment commentée par un conseiller ministériel
" inspiré ", se traduit par une somme de contraintes
réglementaires qui font douter que ce système s'avère
jamais opérationnel ....
Dernière minute :
Une première réunion de "
concertation " vient d'avoir lieu au ministère avec
le conseiller chargé du dossier FMC : un certain nombre de
nos réserves , faites à l'identique par les représentants
syndicaux invités, auraient été admises . Il
semblerait, entre autre, que la sous-représentation libérale
ait été prise en compte et que le nombre de représentants
libéraux soit porté à 6 ou 8 .
Il paraît quand même difficile que le décret
soit publié dans les délais impartis
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