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La Formation Médicale Continue au service du Disease
Management
Jean-François Thébaut * Jean-Michel
Chabot **Jean-Pol Durand***
La formation est l'un des éléments fondamentaux
dans la constitution des réseaux de santé.
Une des caractéristiques principales des processus de
formation utilisés dans le cadre du fonctionnement en réseau,
est la participation active de chaque professionnel à une
action soigneusement définie, souvent individualisée
, puis finalement intégrée dans une activité
plus globale, où d'autres professionnels interviennent
jusqu'à constituer une prise en charge complète
et coordonnée du patient ( et du problème de santé)
.
Dans ce cas, le processus de formation est totalement assimilé
avec l'exercice professionnel, au point d'y être confondu.
Il n'est donc plus question d'individualiser un processus dont
l'inspiration ou la finalité serait pédagogique
.
Tout est ici tourné vers la compétence professionnelle
et sa mise en uvre sur le terrain.
Une transmission passive verticale traditionnelle des connaissances
telle qu'elle se pratique encore en milieu académique est
évidemment hors de propos .
Ce transfert de l'actualisation des connaissances vers l'exercice
professionnel est un aspect majeur du glissement progressif, rappelé
précédemment par JM Chabot, de la CME ( Continuing
Medical Education) vers le CMD ( Continuing Medical Development
) ( article de JMC) .
Au delà de la théorie, la transversalité
de la formation est aussi une nécessité pragmatique,
dès lors qu'une approche pluridisciplaire des problèmes
de santé est admise.
En effet, comment imaginer la mise en place d'une coordination
des soins, pertinente sans la mise en commun des processus de
formation, entre les différents acteurs, généralistes
et spécialistes en particulier ?
De nombreuses études réalisées principalement
aux Etats-Unis et en Scandinavie ont pu montrer l'intérêt
d'une approche multidisciplinaire dans le traitement de l'insuffisance
cardiaque, par exemple (1), aussi bien que dans
d'autres pathologies chroniques (2) simultanément,
d'autres travaux ont relaté les difficultés rencontrées
dans la diffusion et l'appropriation des recommandations et guidelines
et plus largement dans la mise en uvre de la "médecine
fondée sur des preuves" (3) que ce
soit dans l'utilisation de certaines drogues , comme les béta-bloquants
en post-infarctus ou dans l'adaptation des doses ( d'IEC
)
dans l'insuffisance cardiaque (4-5) par exemple
Pragmatiquement depuis des années et sans attendre les
textes législatifs, les praticiens s'étaient spontanément
organisés en associations d'Enseignement Post Universitaire
(EPU) multidisciplinaires, mais surtout composées de généralistes,
quelques fois centrées autour de l'établissement
hospitalier local ( public ou privé).
Ainsi, ils se constituaient déjà des réseaux
informels, avec une exigence de qualité affirmée,
essentiellement tournés vers l'amélioration des
connaissances médicales, plus que sur l'amélioration
de la prise en charge globale des patients.
Il est vrai qu'au cours des années 70-80, les innovations
thérapeutiques et techniques allaient à un tel rythme,
que la préoccupation des praticiens de ville étaient
plus préoccupés de ne pas se laisser distancer par
les nouveautés thérapeutiques que de développer
l'évaluation des protocoles ou que la mise en application
de l'Evidence-Based Medicine ( EBM)
Les nouvelles exigences ( 6) tant de la part
des patients que des financeurs ou des médecins eux-mêmes
(dont l'esprit critique s'est aiguisé vis à vis
des niveaux de preuves, avant d'accepter de nouvelles vérités,)
ont progressivement modifié leur attention aux problèmes
thérapeutiques mais aussi à la responsabilité
juridique. A la notion de perte de chances s'est progressivement
substitué le "droit à l'information" voire
même "une obligation de résultats" au moins
en termes financiers si l'on retient le principe du soin au meilleur
coût. ( Article 11-B de la nomenclature générale
des actes professionnels)
La mise en place de réseaux de soins ou mieux de réseaux
de santé pourrait être une des réponses possibles
à la problématique :" Améliorer la qualité
sans augmenter les coûts" et si possible en les diminuant
!
Dans cette perspective, deux outils principaux doivent être
utilisés : Formation/information et Evaluation
L'évaluation des pratiques collectives résulte
du constat que l'évaluation des pratiques individuelles
n'a guère de sens en terme de santé publique ( c'est
à dire pour ce qui concerne l'organisation et le financement
du système de soins) et qu'il est donc préférable
de regrouper les pratiques thérapeutiques autour de protocoles
communs pour essayer d'en faire une évaluation globale
de l'ensemble du groupe. Il ne s'agit plus alors d'évaluer
la qualité de chaque acteur individuellement, avec les
craintes que cela soulève, mais celle du protocole, ce
qui est nettement moins personnalisé et donc moins inquiétant.
Ce n'est pas très éloigné des "quality-process"
industriels
Chaque étape de l'organisation d'un réseau nécessitera
la mise en place de processus d'informations et de formation :
-
en amont , dans la reconnaissance du besoin
de santé justifiant la mise en place de réseau
-
dans la planification des prises en charges
multiprofessionnelles
-
dans l'élaboration de protocole consensuel
-
dans la définition du programme d'éducation
du patient et de son entourage
-
dans la transmission de l'information auprès
de chacun des acteurs du réseau
-
dans le suivi et l'évaluation des protocoles
et du fonctionnement du réseau.
L'étude d'opportunité préalable,
réalisée par le groupe de promoteurs permet , à
partir de données médico-économiques sanitaires
et sociales , de plus clairement identifiées, de définir
les besoins, les objectifs sanitaires , structurels et économiques
et d'articuler le schéma de fonctionnement du réseau
.
C'est à ce premier niveau que doivent se manifester les
groupes de travail de médecins libéraux et/ou hospitaliers,
formalisés ou non , sous peine d'abandonner définitivement
le terrain aux financeurs ou aux institutions
Les structures existantes de FMC pourraient apporter, aux promoteurs
du projet, une aide scientifique importante dans la conception
du projet puis une aide logistique sur le terrain: documentation
- études - consensus puis formation des différents
acteurs
C'est pourquoi, il est nécessaire que les organismes de
FMC se rapprochent le plus possible du terrain et que les programmes
qu'ils élaborent s'intègre au mieux dans l'exercice
quotidien des médecins et autres professionnels, en cohérence
avec le plus grands nombre de praticiens.
Ainsi par exemple, dans le réseau REVEdiab
( réseau expérimental Essone-val de Marne de soins
aux diabétiques de type 2 ), le programme de formation
a été réalisé en partenariat avec
les associations de FMC locales, elles-mêmes adhérentes
à des associations nationales comme le
Collège National des Généralistes Enseignants
, la
Société de Formation en Thérapeutique du
Généraliste ( SFTG) ou l'UNAFORMEC
Les objectifs d'ordre sanitaire, dûment identifiés
feront l'objet d'une étude approfondie entre les promoteurs
locaux et des experts extérieurs. C'est à ce niveau
que devront être établis les programmes de formations,
fondés sur une évaluation approfondie des pratiques
locales, comparées aux meilleures preuves issues de la
recherche et de la pratique clinique ( EBM)
-
Formation des médecins :
-
A l'identification des facteurs de risque
et au dépistage, pour une prise en charge plus précoce
-
à l'utilisation de conduites thérapeutiques
validés
-
à la coordination des soins entre
les intervenants, ce qui nécessite un effort important
afin de mieux définir les profils de compétences
professionnelles de chacun des " métiers de
santé " et au delà de ces profils des
chevauchement possibles entre les compétences des
uns et des autres
-
Formation et éducation du personnel
soignant qui coopère avec les médecins
-
Education du patient et de son entourage
-
Et plus largement éducation à
la santé de groupes à risque ou de la population
générale
A titre d'exemple, citons la démarche exemplaire
du programme "Improvement of Heart failure" du Groupe
de Travail sur l'insuffisance cardiaque de la Société
Européenne de Cardiologie (7). Ce programme
développé par un comité scientifique international
comporte deux phases. La première phase, dite d'évaluation,
est la constitution d'un registre sur la façon dont les
médecins généralistes perçoivent le
traitement de l'insuffisance cardiaque et appliquent cette perception
à leurs pratiques. La seconde phase sera un programme d'éducation
construit en fonction des résultats des enquêtes
initiales. En France ce programme a été conjointement
organisé par la Société Savante et des représentants
régionaux du Collège
National des Cardiologues Français (CNCF) avec l'aide
logistique d'un industriel pharmaceutique*
Cette évaluation débouchera sur la mise en place
de protocoles établis de manière consensuelle,
dont les principales caractéristiques devront être
non seulement leur qualité scientifique mais aussi leur
faisabilité et leur pragmatisme. Il ne s'agit pas de produire
des protocoles idéaux, ni de refaire des conférences
de consensus, mais des protocoles acceptables pour l'ensemble
des intervenants et des patients, tenant compte des contraintes
locales et des réalités de terrain, en accord avec
les recommandations de bonnes pratiques .
Cette phase est déterminante pour la fonctionnalité
et la pérennité du réseau. Ce devrait être
une phase de réflexion et de concertation particulièrement
enrichissante d'abord pour les participants au réseau,
mais qui pourrait largement déborder sur l'ensemble de
la population médicale locale, pour peu qu'on l'implique
et qu'on l'informe par des moyens adaptés.
La contamination positive des autres professionnels de santé
de voisinage doit être considérée comme un
phénomène collatéral bénéfique
et non comme une perversion, même si cette contamination
positive rend aléatoire l'évaluation comparative
"ici et maintenant" ou "avant et après".
Aux frontières de ce que l'on comprend classiquement par
formation, se développeront aussi des outils de communication
et de partage des informations comme les dossiers des patients
mais aussi la mise à disposition, dans un proche avenir,
sur des sites webs publics ou privés (Intranet) , de l'ensemble
des données cliniques, scientifiques et statistiques et
des bases de données nécessaires à la gestion
"fondée sur des preuves" des différentes
pathologies concernées.
La mise en route de programmes d'éducation des patients,
dont la finalité est de permettre au patient ou à
son entourage d'auto-gérer et de mieux co-exister avec
sa maladie, est sûrement l'un des gisements principaux d'amélioration
de la productivité du notre système de soins . Ainsi,
le territoire pédagogique du réseau est large depuis
les messages généraux de la prévention jusqu'aux
"call-centers" en passant par des "agendas "
de suivi (4) et les séances collectives
d'éducation. Là aussi l'investissement pédagogique
des acteurs médicaux sera d'autant plus grand que, dans
ce domaine, le corps médical français ( public ou
libéral) semble ne pas s'être beaucoup investi au
cours des dix dernières années .
Le suivi et l'évaluation des protocoles mis en place
seront une démarche pédagogique de premier plan
. Il ne doit sûrement pas s'agir d'une évaluation
scolaire des connaissances , fusse même sous la forme moderne
de QCM "on line" (Internet). Au contraire, la démarche
doit être interactive sous forme de staffs de suivi au cours
desquels seront discutés les cas les plus significatifs
ou les plus problématiques de vrais patients, pris en charge
par le réseau. Au cours de ces nouveaux staffs, qui réuniront
les médecins et les autres professionnels de santé,
jusqu'à là cantonnés à leur seul domaine
de pratique, seront étudiés les différents
questionnaires de qualité de vie ou agenda de suivi des
patients et surtout les échecs et autres causes de sortie
des protocoles . En quelque sorte, un programme d'apprentissage
par problème issus du terrain dont les auteurs nord-américains
( et suisse) ont démontrés l'excellente efficacité.
Cette analyse des différentes actions pédagogiques
et d'organisation nécessaires au bon fonctionnement des
réseaux montre bien qu'il existe un objectif, autre que
strictement financier, à la participation de la cardiologie
libérale et à la promotion de réseaux de
soins de qualité.
C'est aussi une manière de réaliser une FMC moins
scolaire , plus pragmatique et plus efficace qui devra être
reconnue et valorisée d'une manière ou d'une autre
dans le panier de FMC que semblent proposer les nouveaux
textes législatifs.
Le riche tissu associatif loco-régional de FMC, en particulier
en cardiologie, devrait y trouver sa place naturelle aux différents
niveaux de réflexion ou d'intervention.
Cette participation active, bien au delà de l'évaluation
individuelle, permettra à la profession de s'auto-évaluer
en groupe multidisciplinaire dans un processus de qualité
et de montrer par là, que sa pérennité est
indispensable pour une médecine ambulatoire de qualité
à coté d'établissement publics ou privés
.
· Laboratoires Servier.
Ref
1 . RichMW, BreckhamV., Wittenberg C., and alt
. A multidisciplinary intervention to prevent the readmission
of elderly patients with congestive heart failur; N.Engl.J.Med
1995;333 1190-95 .
2. Von KorffM. , Gruman J., Schaffer J., Curry
SJ., Wagner EM., Collaborative management in chronic illness.
Ann Intern Med 1997; 327; 1097-02
3; Krumholtz HM., Wang Y., Parent EM ., and alt
. Quality of care for elderly patients hospitalized with heart
failure. Arch Intern Med 1997; 157. 2242-47
4. Eirhardt LR., Cline CMJ. Organisation of the
care of patients with heart failure. The Lancet 1998; 352 suppl
I; a15-a18
5. Zannad F et alt Epidémiologie de l'Insuffisance
Cardiaque Avancée en Loraine ( EPICAL). J Am Coll Cardiol.
1999, 33; 734-42
6. Chabot JM. Des réseaux de soins pour
l'an 2000 . Rev Prat1999;49:979-80
7.The Study Group of the Working Group on Heart
Failure of the European Society of Cardiology. Eur Heart J of
Heart Failure, 1999;1:139-44
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